Portrait Paul Iratzoquy : Corps à la course et âme à la peinture

par Spyros
Portrait Paul Iratzoquy : Corps à la course et âme à la peinture

A tout juste 22 ans Paul Iratzoquy, l’enfant de Lembeye, a déjà tout d’un grand. Jouant sur les deux tableaux de la course et de l’art, il entremêle ses deux domaines de prédilections pour en extraire des émotions pures et des sensations intenses. Cet étudiant en 5ème année des Beaux-arts de Paris (excusez du peu), s’est brillamment illustré cet été à la Skyrhune (4ème au scratch) et sur les cross cet hiver avec un titre départemental. Une telle complémentarité ne peut que subjuguer et ne demande qu’à être explorée. Kapp10 a donc ouvert la porte de l’atelier de Paul pour en extraire ses plus belles couleurs.

Comment s’est construit ton profil aussi atypique ? Dans quel contexte as-tu grandi ?

J’ai passé ma jeunesse dans le Béarn dans un cadre très familial avec  le sport en toile de fond. Je jouais avec mes copains au rugby et au tennis. Les week-ends, je les passais à suivre mon père sur les trails ou à arpenter les pentes de Barèges ou nous avons une résidence secondaire.

Ton amour de la montagne et plus particulièrement du trail s’est donc construit autour de ce cadre ?

Tout à fait. Mon père a commencé par participer aux petites courses locales à l’aube de sa quarantaine pour évoluer vers les plus grandes du milieu : l’UTMB, les Templiers, l’Euskal Trail. J’en prenais plein les yeux en le suivant et n’avais qu’une hâte : faire la même chose que lui et Kilian Jornet qui commençait déjà à tout écraser!


Une toile de l’artiste Paul, les amateurs apprécieront.

Et ta pratique de la course alors, comment s’est-elle immiscée dans ta vie ?
Dès mes années de collège, je courais dans les coteaux de Lembeye et participais au cross du collège. Mis à part un petit interlude durant mes années de prépa , elle ne m’a jamais quittée.

Justement, tu es étudiant en 5eme années aux beaux-arts de Paris. Quel est ton parcours ?

L’entrée aux beaux-arts possède beaucoup de similitude avec une course pleine de rebondissements! J’étais un garçon timide avec quelques difficultés d’élocution et de dyslexie. La peinture était devenue un refuge dans lequel je pouvais retrouver confiance en moi et m’épanouir. Dès la fin du primaire, j’étais déjà catalogué comme l’artiste du village ! J’exposais modestement mes toiles au Restaurant de la Tour à Lembeye. Le vrai tournant s’est produit lors d’une invitation d’un ami de la famille, artiste, à venir peindre dans son atelier à Paris. A partir de ce moment-là, j’ai compris que ma vie s’orienterait vers l’art.

Comment as-tu orienté ton cursus scolaire pour arriver à tes fins ?

Un vrai parcours de cross ! Malgré quelques difficultés au collège et au lycée j’ai quand même réussi à décrocher un Bac Scientifique au lycée agricole de Montardon. Puis j’ai enchainé les concours d’écoles de design et d’architectures pour m’orienter vers des filières « lucratives » comme le souhaitaient mes parents. En vain, les oraux auront raison de mon intension la plus profonde : vivre de mes toiles, point barre !

Et la suite ?

Une entrée en prépa aux Ateliers de Sèvres (NDLR : une des plus prestigieuse de l’hexagone) dans le but de décrocher une entrée aux beaux-arts avec comme but ultime de me consacrer corps à la course et âme à la peinture !

Et le sport dans tout ça ?

J’avais de la pression à évacuer en courant dans les jardins du Luxembourg pendant ma prépa qui fût intense avec beaucoup d’heures passées dans les ateliers. Sans parler du parachutage on ne peut plus brutal entre le lycée de Montardon et ses 400 élèves avec la prépa et ses quelques 2000 artistes en herbe en plein Paris! Cependant, la libération de la contrainte scolaire fût un énorme soulagement et cela m’a permis de courir dans de bonnes conditions tout de même. La veille de la soutenance de l’entrée aux beaux-arts, je me suis même permis de chiper le dossard de mon père, blessé pour le marathon de Paris, pour le finir en 2h56 sans entrainement et surtout l’intention de le faire ni de le finir le jour J !

Il ne pouvait plus rien t’arriver lors de la présentation de tes œuvres ?!
C’est sûr ! Le plus dur était fait véritablement, malgré les 10 professeurs chargés de juger mes œuvres en face de moi. Sur les 2000 candidats, je finis finalement par être sélectionné. Mon rêve se prolonge encore au cours de ma 5eme année ou je me consacre entièrement à ce qui me passionne. Quel pied !

Athlète au profil très montagnard, quel est ton secret pour progresser à Paris, loin des cimes ?

Cela relève fortement d’une adaptation aux conditions d’entrainements dont je dispose au cours des 6 mois passés à la fois à Paris et dans le Béarn. Grâce à Nicolas Boyer, mon coach, ma saison se divise en 2 blocs d’entrainements : l’hiver avec de la piste à Paris et l’été dans la montagne chez moi. J’ai compris assez vite que cela été très complémentaire et pas seulement que pour la recherche de la pure performance. Nicolas, m’a très vite orienté vers des clubs parisiens pour ne pas m’entrainer seul. La piste me permet également de trouver une dimension esthétique à ma pratique. Courir mieux, en améliorant la gestuelle. La recherche de la beauté du geste qui rejoint la recherche de la perfection dans la conception d’une œuvre. J’ai appris à aimer la piste, sa pureté qui permet de se concentrer sur soi et son corps. Disons que l’hiver je me concentre sur moi et l’été sur les paysages majestueux des Pyrénées.

Vois-tu d’autres parallèles entre la course et tes études ?

J’ai longtemps cru que lier ces deux passions serait impossible mais ce but ultime de devenir un artiste peintre/coureur se rapproche au fur et à mesure que les saisons s’écoulent. C’est notamment à travers l’illustration du livre « Des nuages plein la tête » du traileur-berger Pyrénéen Brice Delsoullier que j’ai pu toucher du doigt une partie de ce rêve.

Pour ma 5eme et dernière année, la remise d’une toile finale est demandée pour ponctuer la fin du cursus. Je me suis employé comme un stakhanoviste pour pondre l’œuvre la plus recherchée, fournie en détails en ajoutant systématiquement une dernière touche finale. J’ai finalement fini par tout remettre en cause pour aller à l’essentiel à la recherche de quelque chose de plus sensuel. Vous ne voyez pas le rapport à la course à pied ? Il est pourtant évident : il est souvent inutile de s’égosiller à outrance pour aller plus vite. La performance n’est pas forcement proportionnelle à  la quantité de travail allouée à l’objectif.

Coté performance, tu as attaqué 2019 sur des chapeaux de roues. Champion départemental de cross 65, 2ème le lendemain à Arthez pour le 64 devant du beau monde. Quelles sont tes sensations ?

Je suis content du travail réalisé avec Nicolas Boyer. Le travail de vitesse sur la piste paie. Mais il reste encore beaucoup  de boulot pour arriver au plus haut niveau en trail. Ma 5ème place aux régions de cross ne reflète pas forcement mon potentiel et je tacherai de faire mieux aux Inters de Cross ce week-end (Addendum : belle 12ème place arrachée et large qualification aux France).

Qu’ambitionnes-tu pour cette prochaine échéance et la suite de la saison ?

La qualification aux France de cross est l’objectif de l’hiver. Ça serait ma 1ère, et j’ai hâte d’en découdre à Vittel. Puis la recherche d’un chrono sur 10km probablement à Saint Médard. Ça sera aussi un baptême ou je tenterai de descendre sous les 31’.

Sur la partie trail, je vais revenir à des distances plus courtes qui me correspondent plus dans l’aspect performance et plaisir. Le Skyrunning est un bon compromis entre la confrontation avec des tops coureurs et un plaisir intense grâce à la beauté des paysages. Je participerai au challenge Skyrunning (NDLR : 1ere course le 19 Mai 2019 sur la Skyrace des Matheysins, plus d’infos : https://www.skyrunning-france.com/calendrier


Paul parmi les grands du trail lors de la Skyrhune 2018Quel est ton regard sur la performance en trail ?

Elle est effectivement difficile à évaluer. Il suffit de se confronter aux meilleurs sur les courses mythiques comme la Zierre Zinal, Zegama ou les championnats de France pour apprécier les progrès accomplis et son niveau. La côte ITRA donne un aperçu du potentiel du coureur mais elle ne s’adapte ni aux conditions du jour J ni à la spécialité du coureur. C’est un indice parmi tant d’autres dont il ne faut abuser.

Un conseil pour les jeunes qui souhaitent se mettre au trail ?

Préparez-vous sur le long terme. Rien ne sert de courir… après la performance. Elle viendra d’elle-même en se posant les bonnes questions sur sa pratique, l’intensité de ses entrainements et le respect de soi même, de son profil et de sa personnalité. Bref, rêvez tout en ayant les pieds sur terre en apprenant à se connaitre. Les meilleurs traileurs peuvent être inspirant mais il convient d’analyser leurs profils, leur style de vie et se détacher d’eux ! Je l’ai tellement fait avec Kilian Jornet pour comprendre que nous sommes tellement différent et qu’il est inutile de vouloir s’approcher de ses perfs. Je conseille vivement la lecture de son second livre (La frontière invisible) tout comme Born To Run de Christopher Mc Dougall. Inspirant et enrichissant. De quoi commencer une pratique dans les meilleures dispositions !

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