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Sylvie Berriex : « le niveau de médiatisation ne reflète pas la performance athlétique réelle » (3/3)

Pour finir notre entretien, Sylvie Berriex a abordé avec nous ses projets dans l’entraînement, son regard sur les filles dans la course ainsi que son avis concernant l’intérêt de la pratique en club et son regard sur les différents types de courses sur route et le trail.

Kapp10 – Tu penses que la pratique en club est importante pour le coureur ?
Sylvie Berriex – Bien sûr, la course à pied est un sport individuel que tu peux pratiquer de manière tout à fait solitaire. Tu peux même arriver à un assez bon niveau. Mais en ce qui concerne le club, je crois que si tu veux faire de la compétition, un peu sérieusement, je pense que c’est indispensable. Tu peux avoir accès à différentes formes de préparations, tu peux trouver de la stimulation avec d’autres licenciés. Cela a été mon cas quand je suis revenue d’Agen, je suis allée aux Aigles de Pau, ce qui me permettait de me préparer avec une fille très costaud, Patricia Taillebresse.

Le club, c’est aussi un point d’appui pour tout ce qui est organisation des déplacements pour les compétitions. Il te donne l’accès aux cross hivernaux, la possibilité de constituer une équipe pour certaines courses comme l’Ekiden, le Tour du Béarn, le Tour de la Soule. J’aime bien retrouver le groupe, ce côté collectif, c’est très sympa et puis c’est une sacrée stimulation pour aller s’entraîner.

K10 – A quel âge prend-on une licence en club aujourd’hui ?
SB – Ici, les filles arrivent entre 24 et 35 ans. Mais tu peux avoir aussi des personnes qui arrivent à plus de quarante ans. Il y a aussi des filles qui viennent sur la course après être passées par la section marche athlétique. C’est par ce biais qu’elle est venue courir alors qu’elle n’avait pratiquement pas de pratique de la course. L’objectif c’est de courir dans un collectif et de bénéficier de conseils.

K10 – Le fait d’être dans un club et d’avoir accumulé un gros vécu t’a donné envie d’entraîner ?
SB – Sur le club d’athlétisme, le FCO, ici, à Oloron, le nombre de licenciés explose, on est entre 80 et 100 adultes. Il n’y a qu’un entraîneur et du coup, les responsables m’ont demandé si je ne voulais pas m’impliquer un peu plus. Et c’est une perspective qui m’attire bien.

C’est mon vécu en tant qu’athlète, les relations avec mes entraîneurs qui me poussent à faire cette démarche. Je crois que c’est bien de transmettre maintenant, je suis arrivée à un âge où je me dois d’être dans cette dimension. Je vois, il y a des jeunes de moins de trente ans qui me sollicitent pour des conseils. Il me semble que pour étayer un peu plus mes propos, pour ne pas rester sur ma seule pratique individuelle, j’ai besoin de ces formations. Je suis les formations des filières de la fédération, sur le premier degré cette année et le second l’année prochaine.

C’est quand on court en groupe que les filles me demandent ces conseils. Je veux faire un trail de 15 kilomètres, comment tu le préparerais. Je ne suis pas leur seule ressource, il y a deux autres garçons au club qui ont déjà suivi ces formations. C’est depuis un an que je me projette sur l’entraînement. C’est venu en même temps que j’ai levé le pied sur la course, je me dis que je vais moins courir, je peux m’impliquer un peu plus. Mes filles seront dans leurs études, j’aurais plus de temps à donner le soir.

K10 – Tu as déjà une petite représentation du type d’entraîneuse que tu vas devenir ? Tu seras aussi battante qu’en course ?
SB – Je crois que j’arrive à faire la part des choses. Je vois des filles au club qui veulent participer à des compétitions, mais qui n’y vont pas avec l’esprit de vouloir se faire mal. Des fois, sur des séances, j’essaie de leur inculquer le fait que si elles ne se forcent pas à l’entraînement, elles ne pourront pas le faire en course. C’est difficile pour certaines de passer le pas. Mais je pense qu’à force de s’entraîner, de profiter de l’émulation du groupe, je vois qu’elles progressent dans l’effort. C’est une sorte de spirale, elles progressent avec le groupe. Ça je vais essayer de leur inculquer, oui, que sans effort …
Il faut se la donner !

K10 – Tu ne penses pas que la course, aujourd’hui, est en tension entre le sport loisir et le sport compétition ?
SB – C’est vrai que dans la course à pied aujourd’hui, tu as une grande disparité dans les engagements des athlètes. Cela va de celui qui va courir un trail presque pour prendre l’air et profiter du paysage, à celui ou celle qui va essayer de se dépasser, de faire une place, de gagner. C’est pour ça, inciter les gens à se dépasser, ce n’est pas toujours bien compris. Mais c’est un peu un fait de société.Tu le vois sur les adultes, mais aussi sur les enfants, les gens sont moins prêts à se forcer pour obtenir des progrès. Ils pensent que ça va tomber comme ça. Et puis … ce n’est pas grave. Mais c’est vrai, il en faut pour tout le monde.

En ce qui me concerne, pendant la course, je n’étais pas là pour prendre l’air ! Bon maintenant oui, enfin non … Je commence à accepter de lever un peu le pied. J’y arrive, un peu, mais ça a été difficile…

K10 – Les différents types de courses, l’opposition course sur route et trail font souvent débat chez les coureurs qui ont un vécu comme le tien.
SB – Je cours quelques trails maintenant. D’une part, parce qu’il y en a de plus en plus, et puis, par rapport à la route, tu n’as plus la référence au chrono, la référence au temps. J’adore la montagne, j’y vais le plus souvent possible. Donc j’allie ces deux passions, la course et la montagne. Et puis contrairement à ma copine Pascale Cartillon, moi, j’aime bien descendre, donc j’en profite !

Le trail est pour moi un vrai plaisir, mais je trouve qu’il supplante trop la route en termes de médiatisation, d’effet de mode pour les coureurs et pour l’engouement qu’il suscite, mais aussi par rapport à d’autres types de courses comme le cross par exemple. Là, par exemple, tu as deux jeunes du club d’Oloron qui sont qualifiés pour les championnats de France de Cross, tu as aussi une paloise qui fait de bons résultats, ils ont droit à trois lignes sur le journal, alors que pour n’importe quel trail, tu as une médiatisation bien plus importante. Alors que, si tu exceptes les tout premiers comme Jérôme Mirassou, Maxime Cazajous, Jocelyne Pauly pour les coureurs locaux, qui sont vraiment de supers athlètes, globalement le niveau athlétique n’est pas toujours très élevé.

Je trouve que le niveau de médiatisation ne reflète pas la performance athlétique réelle. Je pense que c’est un effet de mode, mais comme je le disais tout à l’heure, on va courir sans forcément se faire mal. On participe, c’est bien. On ne regarde pas le chrono, on ne sait pas si on est loin du premier. Le but ce n’est pas le temps que l’on met, mais c’est presque devenu, avoir couru le plus grand nombre de kilomètres.
En ce qui me concerne, j’aime bien encore pouvoir avoir la référence au temps, sur un 10 km, sur un 3000.

Après, je pense que lorsque les courses sur route ont explosé, il y a quelques années, les coureurs sur piste ont dû tenir à peu près le même discours que celui que je te tiens !